Malheureusement, Ian Bay se casse la main gauche lors du 5
èmeconcert en se jetant dans la fosse du Melting Culture, sans qu’aucun spectateur
n’envisage de le rattraper.
S’en suit une longue période de divagations. Je n’ai plus
aucun contrôle sur les membres du groupe, et l’annulation d’une date au Wheelie
Bar nous raye temporairement de la scène clermontoise. Les membres du groupe se
disputent en permanence, pour des histoires d’argent, de petites copines et
d’alcool. Je les croise un soir au Bam Bar, le regard vide, en train de danser
sur du Depeche Mode sous une lumière moite et sèche, leurs silhouettes se
reflétant sur la vitre de la cabine du DJ Pti Stef. Ils se noient dans des
soirées trop arrosées et ne sont plus que le reflet d’eux même. J’écris alors
la chanson « Ethic of the Loose », seul morceau qu’ils acceptent de
répéter entre deux disputes. Mon groupe bat de l’aile, j’y ai pourtant mis
toutes mes économies (27frs50 à l’époque). Ma Ford Fiesta refuse de démarrer,
ils arrêtent de diffuser « Beverly Hills » après 16 saisons non stop
sur TF1… ma vie n’a plus vraiment de sens. Je fais alors jouer les 2 seuls membres
du groupe qui tiennent encore la route (Matlow et Caribou) dans un groupe de
folk dépressif avec le chanteur slave Derek Delano. Le projet me permet de
rembourser mon crédit mais la vie n’est plus vraiment toute rose. Le sommet de
l’horreur est atteint quand les membres du groupe décident de faire un break.
La Coopé me propose alors un deal. Veillaut me laisse 2
semaines pour trouver un bassiste remplaçant, mais Ian Bay devra alors assurer
les percussions, « pour donner un côté festif, un peu comme la compagnie
creol, c’est ce qui marche en ce moment… » (je cite). Déjà que c’était le
merdier à 6, il va falloir qu’on soit 7.
La nécessité de prendre une personne pour surveiller les
membres du groupe, capables de se blesser par inattention avec des cuillères en
plastique, m’oblige à recruter un manager capable de les prendre en main 24/24.
Samantha Jay est alors recrutée par mon label « Si t’y es, Gaut y est Yeah ! ».
Je décide de le renommer Delphine pour donner un côté « plus reggae »
à l’encadrement du groupe. Ses nombreux contacts dans le showbizness devrait
booster notre touring, elle a en effet bossé sur le dernier spectacle des
Stroumpfs et a co produit Courtemanche un artiste qui a depuis disparu, mais
moi je m’en souviens je le trouvais rigolo quand j’étais petit.
Je me mets alors activement à la recherche du nouveau
bassiste. Il me faut un mec capable de dire « Wha Wha » tout en
jouant des parties gavées de grigris. Je m’inscris alors sur plein de forums de
vente de matériel de musique sur Internet, qui a désormais remplacé le minitel.
Je remarque qu’une personne est inscrite absolument partout et est en
permanence en statut « en ligne ». Il s’appelle Tom Field. J’entre en
contact avec lui et découvre qu’il sait jouer de tous les instruments et possède
d’ailleurs tout le matériel nécessaire pour monter un groupe de rock. Bingo, je
vais enfin pouvoir faire jouer les membre du groupe sur du vrai matos. Durant
les auditions je découvre qu’il est très mauvais et dois alors, comme pour
Raphaël tout reprendre à zéro niveau musique. Je lui fais écouter beaucoup de
hip hop pour qu il acquiert un bon flow, mais je me rends compte que c’est une
perte de temps pour un groupe de pop. Il se forge alors une culture musicale
solide, de public Enemy à NTM. Il finit par acquérir les bases de la musique et
par respecter les règles d’hygiène nécessaire à l’appartenance à un groupe de
rock. Il fait une fixette sur la capitale de la Belgique et cette passion le
rapproche de Raphael et de moi (et de Jimmy qui participe parfois aux auditions
pour compléter ses cachets d’intermittent). Engagé Dupré !
Je comprends alors que mon groupe sous sa formule définitive
est prêt. Reste à refonder les morceaux pour les rendre plus dansants. Je
décide alors que les Kissinmas sera un groupe de disco punk pour pouvoir plus
facilement faire danser leurs fans.
Des millions d’exemplaire du Disco Morning Ep seront alors
vendus.
La suite n’est que débauche de luxe, argent facile et riffs
de la mort, toujours génialement trouvés par moi.
Alors on dit merci à Tonton maintenant !